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La philosophie politique vulgarisée La philosophie politique vulgarisée
Pour bien réussir une dissertation de philosophie, il faut bien comprendre quels sont les mouvements de pensée opérés par les philosophes. Il ne s’agit... La philosophie politique vulgarisée

Pour bien réussir une dissertation de philosophie, il faut bien comprendre quels sont les mouvements de pensée opérés par les philosophes. Il ne s’agit pas simplement de juxtaposer des concepts, mais de comprendre comment ils s’articulent les uns aux autres dans le cadre d’une philosophie politique qui a connu de nombreux bouleversements tout au long de l’Histoire.

Voici, vulgarisés à l’extrême, les mouvements de pensée à avoir en tête sur une notion centrale du baccalauréat: L’Etat et la société.

 

La philosophie politique de l’Antiquité

Dès l’Antiquité, les philosophes ont commencé à se poser une question tout à fait légitime. Pourquoi est-ce que les hommes éprouvent le besoin de se regrouper en société ? Pourquoi est-ce qu’ils acceptent de se soumettre à une autorité supérieure ?

En découle une problématique majeure, importante dès cette période. On distingue, deux formes de régime politique:

  • La démocratie : les hommes conservent leur liberté et décident ensemble des règles à établir pour mieux vivre en communauté.
  • La dictature / la tyrannie / la monarchie : les hommes sont privés de leur liberté et laissent un souverain les diriger et prendre les décisions.

Dit comme ça, on imagine bien le désarroi de certains philosophes face au choix des régimes politiques adopté le plus communément. La démocratie est bien plus rare et difficile à conserver que toutes les autres formes de régimes politiques. Elle était possible dans la Cité grecque uniquement parce que le nombre de citoyens était très limité et la taille de la cité réduite.

Pour les philosophes de l’Antiquité, comme Aristote ou Platon et les jusnaturalistes, l’homme sait naturellement ce qui est bien et ce qui est mal. Il agit naturellement au nom du bien commun.

Vous vous rappelez du mythe de la caverne de Platon ? En très simplifié, les hommes seraient dans une caverne et ne verraient que des ombres projetés grâce à la lumière du soleil. Ce soleil symbolise le Bien commun. Les hommes ont un pressenti de ce qui est bien et mal, sans pouvoir définir ces concepts exactement, parce qu’ils n’en voient que les ombres (c’est très schématisé pour faciliter la compréhension).

Par conséquent, les hommes n’ont pas besoin de pouvoir politique supérieur pour les aider à vivre ensemble, parce qu’ils y arrivent naturellement.

 

 

L’importance de la théorie de Hobbes pour la philosophie politique

Un peu de contexte

La philosophie politique est bouleversée lors de la publication du Léviathan de Hobbes en 1661. Thomas Hobbes est le premier philosophe à poser la distinction conceptuelle entre deux états :

  • L’état de nature
  • L’état civil

Cette distinction centrale dans la philosophie politique ne sort pas de nulle part. L’ordre politique antique s’est effondré en laissant place à un monde féodal où prime la monarchie absolue. En pensant son système, Hobbes légitime la monarchie absolue en place.

 

L’état de nature

A l’état de nature, l’homme est entièrement libre de faire ce qu’il veut. D’après Hobbes, l’homme n’est pas guidé par un quelconque sens de bien commun. Il agit dans son propre intérêt. Il distingue ainsi :

  • L’intérêt individuel
  • L’intérêt commun

Conformément à son intérêt individuel, l’homme à l’état de nature a parfaitement la légitimité d’aller voler le bien de son voisin. Son intérêt et sa liberté n’ont pas de limites.

Vous vous rendez bien compte qu’une telle vie serait invivable ! D’où l’intérêt pour les hommes de limiter leur liberté. Mais comment limiter sa liberté tout en étant sûr que le voisin en fera autant ? Sinon, c’est injuste !

 

La nécessité d’une autorité

C’est pour cette raison que les hommes ont accepté de se dépouiller de leur liberté, pour la donner à une personne (ou une institution) qui pourrait alors exercer son autorité sur eux.

Chacun accepte donc tacitement, en se soumettant au monarque de suivre les règles établies par la société pour pouvoir vivre bien ensemble.

On voit bien qu’il suffit qu’une seule personne ne suive pas les mêmes règles que tous les autres pour que le système ne tienne plus.

Comme les concepts tels que le bien, le mal, le juste et l’injuste n’existent pas en soi, c’est à cette figure monarchique que revient le droit de décider de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas en vue du bien commun de son peuple. Cette reflexion justifie la présence d’un pouvoir autoritaire dans la philosophie politique. 

 

L’explication du Léviathan

On comprend alors mieux pourquoi Hobbes use de la figure du Léviathan pour décrire la structure étatique. Le monarque est la tête, le peuple, le corps. Le peuple est soumis au monarque et le monarque dépend du peuple. Il suffirait qu’il ne prenne pas des décisions en vue du bien commun, qu’il ne fasse pas ce qui est attendu de lui, pour que la tête tombe…

La théorie de Hobbes est très importante dans la philosophie politique. En faisant une expérience de pensée, en imaginant une société apolitique, il pose qu’il est nécessaire de suivre les lois, les normes, d’avoir un Etat, de respecter ses obligations pour pouvoir vivre en société.

D’autres philosophes réfléchiront sur le passage de l’état de nature à l’état civil, notamment Rousseau qui fonde toute sa philosophie sur la théorie du contrat.

 

 

L’impact de la révolution française sur la philosophie politique

L’impact de la révolution française fut loin d’être négligeable sur la philosophie politique. Les droits de l’homme et du citoyen est un texte majeur non seulement en histoire, mais aussi en philosophie. Il faut bien sûr considérer ce texte comme la conséquence et l’aboutissement de la réflexion des philosophes depuis Hobbes.

Ce texte publié en 1789 pose plusieurs enjeux majeurs, notamment dans l’article II: « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. » Pour la première fois un texte dit que l’homme a des droits qui préexistent aux droits définis par le pouvoir politique en place. Naît une nouvelle distinction entre :

  • Le droit individuel (le droit de l’homme)
  • Le droit commun (le droit politique)

Cette distinction centrale en philosophie politique est d’autant plus importante qu’elle montre que l’homme peut avoir des droits et ne pas basculer dans l’état de nature sans pouvoir monarchique.

Cependant, nous connaissons tous l’aboutissement de la révolution française. C’est la Terreur, c’est l’état de nature. Il semble alors qu’il n’y ait pas de juste milieu entre un pouvoir absolu et une liberté totale. La terreur de la masse est l’aboutissement de la liberté absolue.

 

 

Hegel et le concept de société civile

Hegel est en quelque sorte un Einstein de la philosophie. Il a posé des concepts fondamentaux dans de nombreux domaines philosophiques, et notamment en philosophie politique. Tout comme il est très difficile voire impossible d’expliquer et de comprendre pleinement la théorie de relativité d’Einstein, il est très difficile de comprendre Hegel, voici donc une esquisse très vulgarisée de sa pensée (mais tout à fait acceptable en terminale).

Dans son ouvrage Principes de philosophie de droit, publié en 1820, il pose le concept de société civile. Hegel cherche à penser l’Etat moderne tel qu’il est. L’existence de la révolution française change tout pour lui. L’expérience de pensée s’est réalisée effectivement lors de la révolution française. Elle a fait surgir un sens nouveau de l’État. De là naît notamment la distinction pour la première fois entre l’homme et le citoyen. L’homme ne doit pas nécessairement recourir au pouvoir politique pour entrer sortir de l’état de nature, un autre ordre y préexiste: la société civile. L’homme appartient d’abord à la société civile, puis, en acceptant un ordre politique, il accepte de devenir un citoyen.

Cela permet également de distinguer le pouvoir politique du pouvoir économique et législatif. Ce n’est plus au souverain d’avoir un pouvoir absolu et de déterminer la justice et le bien. Certains domaines échappent à son pouvoir et ne font pas partie de l’ordre politique. L’économie par exemple relève d’avantage de la société civile que du corps politique.

 

 

Les développements récents de philosophie politique

Cette distinction fondamentale de la philosophie politique donnera naissance à des philosophies très intéressantes et variées des siècles à suivre : Karl Marx, Carl Schmitt (petite anecdote : c’était le grand théoricien politique du troisième Reich), et bien d’autres …

Tant de nouvelles expériences de pensées, tentatives de résoudre la problématique centrale : comment trouver le juste milieu entre l’état de nature, où la liberté de l’homme est absolue et l’état politique, où la liberté de l’homme est limitée. Comme vous le voyez bien, ces théories seront parfois appliquées dans les faits – avec parfois des conséquences désastreuses.

Certains philosophes politiques, comme Claude Lefort reprendront les distinctions de Hobbes pour parler des régimes totalitaires. Claude Lefort positionne bien

  • d’un côté la démocratie comme un lieu de pouvoir vide – un régime où peu de décisions sont prises. (On a l’impression que rien ne change un peu à l’image du désintéressement politique contemporain.)
  • d’un autre côté, en face de ce lieu de pouvoir vide, un dictateur prend des décisions et s’impose dans l’environnement politique lent. (Poutine aujourd’hui pourrait être un bon exemple ou encore la montée du Front National en France).

La tentation de faire appel à un dictateur pour résoudre tous les problèmes est grande. Cependant, ce choix mène à l’aliénation et à la perte totale de la liberté de l’homme. La tête du Léviathan façonne le corps, la masse, à son image et détruit toutes les personnes qui pourraient nuire à cette unité parfaite et monstrueuse.

 

 

La philosophie n’est donc pas un ensemble de notions figées. Ce n’est pas un agrégat de définitions. Ce n’est pas un groupement de réflexions indépendantes de toute réalité historique. Au contraire – la philosophie a façonné l’histoire, tout autant que l’histoire a façonné la philosophie. Connaître ce mouvement est absolument central pour bien réussir sa dissertation.

Anna Logacheva